ANTHONY BROWNE

© Crédits photo: Sarah Lee

Anthony Browne est un auteur et illustrateur d’albums pour enfants. De nationalité anglaise, il est reconnu dans le monde entier pour son œuvre remarquable.

Doué d’un talent graphique unique, il se distingue également par son aptitude à brosser la société avec sa plume incisive.

Anthony Browne naît à Sheffield dans le nord de l’Angleterre. Ses parents y tiennent un pub.

Le jeune Browne rêve d’être boxeur comme son père. « Je suppose que, ce que je voulais vraiment, c’était être comme mon père – un bonhomme grand et bien bâti, et j’ai toujours été un petit garçon ». Mais la carrière de reporter prend le dessus.

Son père et son frère possèdent tous deux des talents artistiques. Browne se rappelle qu’ils auraient dessiné « des soldats britanniques ou allemands avec tous les détails des uniformes et des armes. Moi, au contraire, j’aurais dessiné des scènes de bataille avec humour : une tête décapitée continuant de parler, l’image d’un homme invisible. Des chevaliers à califourchon sur leur monture, des cowboys et des Indiens prenant part à la bataille. En regardant de plus près, mes images empruntaient déjà une forme narrative. »

Parfois le jeune Anthony bondit sur une table du pub de ses parents pour leur raconter des histoires. Dans sa jeunesse, l’artiste anglais avoue qu’il était peuplé de terreurs d’enfants. Le sentiment d’être suivi, la peur des choses sous le lit. Ses angoisses le persécutent.

En 1984, Browne publie Marcel la mauviette, l’histoire d’un fluet mais raffiné chimpanzé qui triomphe de ses persécuteurs les gorilles. Cet ingénieux chimpanzé deviendra le héros d’une série, très appréciée des jeunes lecteurs.

Pendant toute sa scolarité, Browne dessine, en particulier des esquisses de batailles. Il apprend également à apprécier la littérature. Il découvre Beckett et les surréalistes.

A l’âge de 16 ans, il décide d’étudier au Art College de Leeds en Angleterre dont il sort diplômé en 1967. Son père meurt d’un arrêt cardiaque sous ses yeux lors de sa première année d’étude. Le choc est terrible. Il illustrera un livre nommé Mon papa en hommage au véritable héros de son enfance.

Avant de consacrer sa carrière aux livres pour enfants, Anthony Browne exerce le métier d’illustrateur médical pendant deux ans. Mais il ressent vite le besoin de libérer son imagination et sa créativité. Il trouve alors une place comme illustrateur de cartes de vœux pour la société Gordon Fraser à Londres. C’est au début de cette longue carrière qu’il amorce son métier d’écrivain. Il publie son premier livre en 1976 aux éditions Hamish Hamilton : A travers le miroir magique (Through the Magic Mirror). Le héros du livre s’ennuie à la maison lorsque soudain il passe à travers le miroir magique.

En 1980, Browne se marie avec un professeur de violon Jane Franklin, avec qui il aura deux enfants.

Un an après, il publie sa version personnelle du conte Hansel et Gretel des Frères Grimm. Ce travail est considéré comme une importante avancée créative et suscite la controverse. Plutôt que de représenter une œuvre du passé, Browne plante ses illustrations dans le présent afin de mieux refléter le subconscient des enfants. Les critiques se saisissent de cette peinture trop réaliste. Les attaquent fusent. Une journaliste du supplément littéraire du Times tire à vue : « Que peut-on bien faire de cette belle-mère sordide qui met la table un clope au bec, peinturlurée de rouge à lèvres et de talc? Son penchant pour les fausses fourrures et les hauts talons est-il la cause de la pauvreté de la famille ? (…) Je ne me vois vraiment pas acheter un tel livre à un enfant. »

Les experts en littérature jeunesse ont souvent admis que l’art de Browne permettait aux lecteurs de voir le monde autrement. Néanmoins, ses livres ont souvent été considérés comme trop subtils et sophistiqués pour les enfants. Son adaptation d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carrol suscitera également la polémique. Il sera cependant admis, que même si les jeunes ne comprennent pas toujours toutes les allusions de l’auteur, ils reconnaissent volontiers la présence d’un artiste inoubliable dans l’œuvre.

Tout au long de sa carrière, Browne a développé un sens aigu de l’observation. Ses ouvrages dénoncent souvent le comportement des adultes, et particulièrement ceux des mâles, qui exhibent leur folie, leur cruauté et la bassesse de leur nature animale.

Les personnages de Browne sont souvent confrontés à la solitude, l’ennui, la jalousie, le ridicule et les différences sociales. Grâce à d’ingénieux messages, l’auteur invite ses lecteurs à venir en aide à ceux qui en ont besoin.

Deux après la publication d’Hansel et Gretel, Anthony Browne crée Anna et le Gorille. " Anna adorait les gorilles. Elle lisait des livres sur les gorilles, elle regardait les gorilles à la télé et elle dessinait des gorilles. "

Anna est une petite fille seule férue de singes. Un jour, son papa, souvent absent, lui offre un petit gorille en peluche. Anna rêve alors que le joujou se transforme en un gorille superbe, portant le chapeau et le manteau de son papa, l’emmenant promener au zoo et voir des films au cinéma.

En 1983, le livre Anna et le Gorille remporte la Kate Greenway Medal et plus tard le Silver Pencil (récompense néerlandaise). Le gorille révèle finalement l’image de son père qui « d’une certaine façon était un gorille, gros et potentiellement agressif quand il travaillait au pub (…) Anna et le Gorille a transformé ma vie » avoue Browne.

La fascination de Browne pour les singes continue avec la série de Marcel le chimpanzé qui vit dans un monde dominé par les gorilles. Il adaptera également le film King Kong sorti au cinéma dans les années 30. Cette superbe adaptation complète merveilleusement le film pour beaucoup de critiques. Le grand singe est un nouvel hommage au père disparu. La dualité de la bête énorme et effrayante et sa sensibilité débordante inspire l’artiste. Il reconnaîtra que la chute de Kong du haut de l’Empire State Building est un terrible écho à la mort de son père.

Admiré pour ses travaux non conventionnels, souvent provocateurs, qui plaisent autant aux jeunes lecteurs qu’aux adultes, Browne utilise des images symboliques, des détails surréalistes et un humour décapant dans ses livres. Les détails abondent dans un concert de couleurs vives et chatoyantes.

Il évoque des thèmes sérieux comme les relations personnelles, les conventions sociales et les comportements humains. A Calicochon, album humoristique publié en 1986 évoque la répartition des tâches ménagères. Défiant le machisme et les stéréotypes au cœur du foyer, l’ouvrage offre un équilibre plaisant entre l’humour et le sérieux du message.

Son style artistique, intimement personnel, conjugue le fantastique et le concret sous une plume précise et méticuleuse.

Source : jrank.org

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