MARGARET WISE BROWN

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Quand Margaret Wise Brown a débuté sa carrière d’auteur jeunesse, la plupart des albums pour enfants étaient écrits par des illustrateurs.

Née en 1910 à New York, elle a vécu le divorce de ses parents avec beaucoup de contrariété. Des relations conflictuelles au cœur de la famille orchestrèrent son enfance. Elle aiguisa cependant son tempérament de battante avec sa sœur, avec qui elle entretenait son esprit de compétition.

A peine diplômée en 1932, la première ambition de Margaret Brown est d’écrire de la littérature pour adultes. Mais une expérience forte à New York avec Lucy Sprague Mitchell, fondatrice d’une philosophie pour enfants ancrée dans le réel, en décide autrement. Elle accepte très rapidement l’idée qu’une histoire racontée aux enfants doit s’enraciner dans le présent et la réalité plutôt que dans le non sens et la fantaisie. Elle est convaincue que, pour les enfants âgés de deux à cinq ans, l’expérience réelle est suffisamment magique pour y ajouter des fioritures.

Peu d’auteurs à cette époque se concentrent précisément sur de si jeunes audiences. Margaret démontre très vite ses brillantes capacités et s’impose comme une figure centrale de l’âge d’or des livres illustrés en Amérique. Nommée éditrice d’une nouvelle maison dédiée aux ouvrages pour enfants, elle s’évertue à dénicher les meilleurs auteurs et illustrateurs jeunesse. Elle s’intéresse particulièrement aux auteurs modernes comme Gertrude Stein. Elle l’encourage à écrire un livre pour enfants : La terre est ronde.

Margaret avait pris pour habitude d’emmener les illustrateurs dans les classes de maternelles pour observer et ainsi mieux discerner les comportements des tout petits.

Bonsoir Lune, ouvrage paru en 1947 et illustré par Clément Hurd est un succès phénoménal aux Etats-Unis. L’histoire de ce petit lapin devient un rituel du coucher, une douce mélodie avant la nuit. En 2000, ce livre est rangé dans le top 40 des best seller de la littérature jeunesse.

Margaret Wise Brown aime raconter qu’elle rêve ses histoires et qu’au réveil elle doit vite les poser sur le papier avant de les oublier. Elle écrit avec cette idée dominante, que les enfants liront plus volontiers des histoires qui parlent d’eux et de leur vie plutôt que des contes et des fables. Cette approche, nommée la philosophie du « here and now » en anglais ("ici et maintenant"), a été créé par le Bank Street Experimental School de New York.

Une formation menée par Lucy Sprague Mitchell encourage Margaret à partager des histoires avec des enfants. L’apprentissage au cœur de cet étrange laboratoire d’écriture, lui permet de découvrir leurs vraies attentes.

En peu d’années, les ouvrages de Margaret s’imposent sur les étagères des librairies. Elle profite de la vague du baby boom d’après guerre pour favoriser les ventes de ses livres. Six éditeurs s’occupent d’imprimer et de distribuer son œuvre abondante. Margaret décide même d’adopter différents noms de plumes : Golden MacDonald, Juniper Sage…

L’extravagante Margaret mène la grande vie. Le jour de son premier cachet, elle court acheter une charrette pleine de fleurs à un vendeur des rues. Parfois, elle vend une histoire pour s’acheter un manteau en fourrure ou s’offrir un billet d’avion pour l’Europe. Ses chiens l’accompagnent partout et deviennent parfois les héros de ses histoires. Son hospitalité légendaire et sa générosité en ont fait une femme du monde fantasque et émancipée.

Bien qu’elle consacra sa vie à écrire des livres pour enfants, elle n’en eu jamais. Pourtant, un enfant lui rend souvent visite pour échanger ses impressions sur les travaux de l’auteur. Il reçoit d’ailleurs des royalties pour ses analyses d’expert.

Sa double vocation d’auteur et d’éditeur l’a toujours placée à l’avant - garde de la littérature jeunesse. Ce tremplin lui a permit d’expérimenter bien d’autres terrains de divertissement pour enfants : la musique, la radio, la télévision. Elle milita même pour que les histoires et contes pour enfants soient directement publiés au dos des paquets de céréales. « La qualité d’un livre est déterminé par ses textes et ses illustrations et non par son impression » claironne t-elle à l'époque. Une belle manière de revendiquer la littérature jeunesse pour un public enfants de masse. Les éditeurs s’étranglèrent face à ces idées qu’ils jugeaient abracadabrantes.

Sa mort soudaine à l’âge de 42 ans surprit le monde de l’édition. Cette femme énergique au tempérament de battante, qui faisait des miracles dans ses livres avec une poignée de syllabes s’en est allée, terrassée par une embolie.

Sources: www.margaretwisebrown.com ; Today in literature.