MAURICE SENDAK

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En mars 2007, après un discours à l’Association des Bibliothèques Américaines, Barack Obama est interrogé sur son livre préféré. Sa réponse est spontanée : « Mon livre préféré est Max et les Maximonstres. D’ailleurs ma femme pense encore que je suis Max.»

Deux ans après, pour les fêtes de Pâques 2009, Barack Obama, devenu Président, contera l’histoire de Max à une joyeuse assemblée d’enfants dans les jardins de la Maison Blanche.

Maurice Sendak aurait-il pu rêver d’une meilleure promotion de l’un de ses best-sellers?

Barack Obama lit Max et les Maximonstres à la Maison Blanche:

Né dans le quartier populaire de Brooklyn à New York en 1928, de parents immigrés juifs polonais, Maurice a grandi parmi les livres. Son père, Philip Sendak, couturier de métier, raconte les histoires à merveille. Il influence énormément son fils en lui contant des histoires tirées de la Bible, qu’il embellit volontiers au fil du récit.

Le jeune Sendak écopera de quelques renvois à l’école pour son étonnante interprétation des textes sacrés. Le caractère très superstitieux de sa mère ajoute également à l’univers fantastique dans lequel il évolue et à cette époque a créativité n’est pas vraiment encouragée.

Sendak est un jeune garçon fragile, qui souffre dès sa plus tendre enfance de pneumonie, de la rubéole, de la scarlatine. Effrayés par ces maladies à répétition, les parents du jeune Maurice l’empêchent de sortir. Traité comme un semi invalide, Sendak grandit avec l’appréhension permanente de la mort. Claquemuré, il nourrit son imagination en se réfugiant dans la lecture, en dessinant des images ou en écoutant de la musique. Il entrevoit très tôt sa carrière d’illustrateur. A l’âge de 12 ans il découvre le troisième long-métrage des studios Disney : Fantasia. Ce sera pour lui une révélation.

Son premier job sera d’agencer les vitrines d’un magasin de jouets à New York. Il s’agit d’une étape « clin d’œil » qui lui permet déjà de raconter des histoires originales. A 20 ans, il publie ses premières illustrations.

En 1963, le livre Max et les maximonstres (Where the wild things are) propulse l’auteur sur la scène internationale. Les monstres, protagonistes du livre, sont en réalité le reflet de ces proches qu’il déteste tant, issus de l’immigration juive polonaise, qu’il voit régulièrement assister aux dîners de famille.

Leur mauvais anglais, leurs mauvaises dents, leurs nez poilus ainsi que leurs drôles de manières l’ont définitivement traumatisé. « Tu es si mignon, que je pourrais te manger » lui disaient-ils. Si bien que Sendak s’en amusera plus tard en témoignant : « je savais que si ma mère n’apportait pas rapidement le repas, ils en auraient été capables ».

L’ouvrage crée cependant la controverse. Françoise Dolto ira jusqu’à suspecter le bien-fondé de ces personnages. Les sombres émotions exhibées par les monstres sont dénoncées. Ce sont autant d’éléments perturbateurs pour les enfants.

La querelle des bien-pensants entretient la notoriété de Maurice Sendak. Il impose un style nouveau dans le monde de la littérature et de l’illustration pour enfants. Ses histoires explorent des mondes où la littérature jeunesse n’avait encore jamais osé s’aventurer.

Le livre Max et les Maximonstres reçoit la Caldecott Medal en 1964. L’auteur est récompensé pour son texte et ses illustrations.

Une adaptation du livre au cinéma en 2009 couronnera l’histoire de Max. Sendak s’offrira d’ailleurs un nouveau coup de gueule à la sortie événement du film en invitant les parents alarmés par les maximonstres d’aller au diable !

Voir un extrait du film Max et les Maximonstres de Spike Jones:

La deuxième guerre mondiale influence énormément la vision de l’auteur. Le monde devient sombre et inquiétant. Ses oncles et tantes disparaissent dans les camps. Ses années d’angoisse inspirent ses histoires.

En 1970, Cuisine de minuit créé à nouveau la polémique. Les dessins d’un petit garçon gambadant tout nu de long en large dans l’ouvrage sont soumis à la censure dans plusieurs états d’Amérique dont l’Illinois, le New Jersey et le Texas.

L’association des bibliothèques américaines recense l’ouvrage dans sa liste des livres les plus contestés et interdits.

Lors d’une interview à la radio, Maurice Sendak dévoile les dessous de son ouvrage Cuisine de minuit. Les cuisiniers aux moustaches dessinées comme le Führer, l’enfant cuisiné au four… autant d’éléments qui font référence à l’holocauste. L’héritage juif de l’auteur s’immisce dans les décors gourmands de l’histoire faits de boîtes de conserve, de paquets de biscuits, de pots de confiture.

L’histoire de Mickey tombé dans le pétrin de quelques pâtissiers est aujourd’hui encore un classique de la littérature jeunesse.

Sendak adaptera toujours son coup de crayon à ses histoires. Pour cette raison, son œuvre regorge de riches variations de style. Il écrira et illustrera plus de 80 livres pour enfants, de ses propres créations à l’illustration des contes les plus célèbres des frères Grimm, d’Andersen, d’Herman Melville…

En 1970, son œuvre est récompensé par le célèbre prix Hans Christian Andersen. Sendak a également été le premier illustrateur a recevoir le prix prestigieux Astrid Lindgren en 2003.

Sendak est reconnu comme l’un des auteurs jeunesse les plus influents du XXème siècle. Il délaisse volontairement le modèle de l’enfant doux et innocent pour se tourner vers des personnages plus réalistes emprunts d’émotions comme la colère, la peur… Son honnêteté a troublé et effrayé plus d’un bien-pensant dont les seuls credo étaient de « sentimentaliser » l’enfance et de nier la complexité psychologique des enfants.

En 1980, Sendak décide d’explorer un monde nouveau : celui du théâtre, des opéras et ballets. Bercé depuis son plus jeune âge par la musique classique, il rêve depuis toujours de lier son art aux grands maîtres de la musique, particulièrement Mozart. Il est invité par le Grand Opéra de Houston a dessiné les décors et costumes de la Flûte Enchantée de Mozart, son compositeur préféré. Commence pour lui une longue carrière dans l’art de la mise en scène. D’Hansel et Gretel à Casse Noisette, Sendak réalisera les costumes de plus de 14 opéras.

Il créera même un spectacle musical mettant en scène son célèbre Max et les maximonstres. Les représentations auront lieu à New York.

Le jour de ses 75 ans, Sendak a décrit sa vie « comme une obsession de l’enfance ».

Source : answers.com

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