PHILIP PULLMAN

© Crédits photo: Adrian Brooks

Philip Pullman est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus talentueux auteurs de la littérature jeunesse. Il s’est affirmé comme maître dans les domaines de la fantaisie mais aussi de la fiction historique pour adolescents.

Né à Norwich en Angleterre, il passe sa jeunesse à voyager. Son père, aviateur dans la Royal Air Force et sa mère dramaturge, entre autre pour la BBC, pérégrinent dans divers pays au rythme des affectations du pilote.

A l’âge de six ans, Philip Pullman quitte l’Angleterre pour le Zimbabwe. Il se souviendra longtemps des odeurs de l’Afrique.

De retour en Angleterre, le jeune Philip passe des heures joyeuses en compagnie de ses grands-parents dans un petit village du Norfolk. Son grand-père, pasteur au sein de l’Eglise Anglicane, est pour lui « le centre du monde ». « Il n’y avait personne de plus fort, de plus sage ou de plus gentil… Quand j’étais petit, il était le soleil au centre de ma vie » écrit Pullman. Et surtout, le grand-père était un conteur sans pareil. Il avait l’art de transformer les événements les plus anodins en récits époustouflants.

Son père disparaît dans un accident d’avion en Afrique. Très vite, leur mère trouve un nouveau compagnon, pilote lui aussi. Une mission conduit toute la famille en Australie. Philip y fait une découverte remarquable : la bande dessinée. Il avoue même « un jour, mon beau-père m’a ramené la BD de Superman, cela a changé ma vie… ». Batman prend le relais. Philip ne se lasse pas de relire ces histoires. Il prend conscience que raconter des histoires est un acte absolument délicieux, et que cet art lui appartient désormais.

En Australie, il prend goût à raconter des histoires de fantômes à ses amis et à son frère. Il se soucie peu de savoir si cela leur plaît ou non. Ces histoires, il les raconte pour lui. Il formule avec joie les différentes étapes de ces récits, sans jamais en connaître la fin. Il reconnaît dans sa biographie, que bien d’autres choses se sont passées en Australie mais que le souvenir le plus important qu’il ait gardé est d’avoir appris à conter.

A son retour au Royaume-Uni, Phillip Pullman, adolescent, se passionne pour l’histoire de l’art. Il commence alors à dessiner. Il croque en particulier les paysages du pays de Galle et se nourrit de poésies. Il apprend des vers par cœur et écrit même quelques sonnets, rondeaux et autres ballades.

Pullman est le premier de la famille à entrer à l’université. Etudiant l’anglais à Oxford, il décide d’apprendre à écrire des histoires. Il sait déjà qu’une carrière de conteur l’attend. A peine diplômé, Philip Pullman s’installe à Londres pour travailler dans une bibliothèque où il écrit sa première nouvelle. Il s’impose un rythme d’écriture de trois heures par jour, rythme qu’il conserve encore aujourd’hui.

Pendant 12 ans, Pullman enseigne la mythologie grecque. Il raconte à ses étudiants des histoires de dieux et de héros tirés de l’Iliade et de l’Odyssée. L’auteur confesse que le bénéfice qu’il tire de ces heures de cours n’est pas tant une audience transportée par ses récits qu’une véritable pratique de son métier d’écrivain. Raconter des histoires, encore et toujours, raffiner son langage, observer la réaction du public, améliorer le rythme du récit. « Cet apprentissage n’était pas foncièrement différent de celui qu’avait fait Homère il y a quelques 3000 ans » déclare Philip Pullman.

C’est en 1978, que sa première nouvelle paraît : Galatée. L’auteur conte ici l’histoire du flûtiste Martin Browning, qui à la recherche de sa femme embarque dans une série d’aventures surréalistes. Après ce premier succès, Pullman commence à écrire et monter des pièces de théâtre pour ses étudiants. Il écrit à ce propos « j’aimais tellement écrire des pièces de théâtre que depuis je n’ai jamais cessé d’écrire pour la jeunesse ».

Son premier livre jeunesse s’intitule Civilisations Anciennes. Il y propose un voyage au cœur de plusieurs cultures méditerranéennes, sud-américaines…

Son deuxième ouvrage est l’adaptation littéraire de l’une de ces pièces : L’abominable conte Karlstein et le pacte du diable. Pullman invite son lecteur dans une farce gothique avec pour décor un château suisse. Une jeune servante de 14 ans déjoue le complot du diabolique comte Karlstein qui fomente le sacrifice de ses deux nièces.

Pullman adaptera aussi au théâtre Les Trois Mousquetaires, Frankenstein et Sherlock Holmes.

En 1986, il publie le premier volume d’une série de livres à propos de Sally Lockhart : La Malédiction du rubis. Il s’agit d’un roman historique pour adolescents. L’intrigue a lieu au cœur de la période victorienne. Un rubis sans intérêt disparaît mystérieusement. Sally, une jeune orpheline de 16 ans, est mêlée à cette aventure après avoir reçu une bien étrange note. Ce récit riche en actions, souvent violentes, évolue dans une atmosphère sombre et examine à la loupe les valeurs de l’ère victorienne. Avec ce roman, l’auteur déclare avoir « trouvé pour la première fois sa voix en tant qu’écrivain jeunesse ».

Le Mystère de l’étoile polaire est le deuxième livre de cette série. Sally, désormais consultante dans la finance, se lance avec Frederik, détective, dans une nouvelle aventure qui mêle spiritisme, aristocratie et arme absolue.

La vengeance du tigre et la Princesse de Razkavie sont les derniers volumes de cette série.

Mais c’est surtout l’incroyable épopée A la croisée des mondes, qui fait de Pullman un phénomène international. Il s’agit de l’un des rares succès qui passionnent autant les jeunes que les adultes. Cette série aura également un impact retentissant sur les jeunes étudiants. Ces ouvrages sont d’ailleurs parfois utilisés en classe pour étudier comment on écrit la littérature jeunesse.

Le premier volume, Les Royaumes du Nord, sort en 1995 en Angleterre. Pullman décrit un monde parallèle au notre où chaque humain est lié à son « daemon « (pendant de notre âme sous forme animale). L’héroïne, Lyra et son daemon Pantalaimon, s’engagent à la poursuite d’horribles ravisseurs d’enfants. Armée d’une mystérieuse boussole, Lyra s’aventure vers le Nord où l’attendent de nombreux dangers. Elle rencontrera sur sa route de nombreux compagnons qui l’épauleront dans sa mission.

Les Royaumes du Nord a été récompensé par la Carnegie Medal, la plus grande distinction britannique en littérature jeunesse.

Quatre autres volumes suivront : La Tour des anges, Le Miroir d’ambre, Lyra et les oiseaux, Il était une fois dans le Nord. Tous ces volumes sont adoubés par l’ensemble de la profession. Pullman s’impose en maître dans l’art de la fantaisie. Le cycle complet a été adapté au National Theater de Londres. Le premier tome a été adapté au cinéma sous le nom A la croisée des mondes : la Boussole d’or en 2007.

Dans un style tout à fait différent, l’auteur séduit également ses publics avec J’étais un rat, illustré par Peter Bailey. Un petit garçon se fait passer pour un rat. La Mécanique du diable est une courte nouvelle qui fait écho à Faust dans un petit village allemand…

Philip Pullman se revendique avant tout comme un conteur, peu importe le style de ses histoires. « Je suis toujours le servant d’une histoire, qui m’a choisi pour la raconter et je me dois de trouver le meilleur moyen pour ce faire. »

Dans une interview, il confie « l’élément le plus satisfaisant de ma carrière est que j’ai le temps (…) de m’asseoir ici et de prendre du plaisir en compagnie de mes histoires et de mes personnages. C’est un immense plaisir et un grand privilège. »

Source : answers.com