HOMMAGE À GÉRARD THURNAUER

Hommage à Gérard Thurnauer

J’aimais toujours recevoir Thurnauer à la bibliothèque. J’aurais voulu qu’il puisse célébrer avec nous notre cinquantième anniversaire à l’automne prochain. Il va vraiment nous manquer. J’aimais quand sa grande silhouette déambulait dans la bibliothèque comme un jardinier qui vient voir si, de saison en saison, ce qu’il a semé pousse bien comme aux premiers matins. Son jardin a pour nom la petite bibliothèque ronde et je sais qu’il aimait rendre visite à ceux et celles qui, chaque jour, en prennent soin. Il partageait nos joies et nos tracas.

Thurnauer était un poète. Sinon, comment aurait-il pu imaginer un lieu aussi poétique ? Aussi spirituel, tout en étant solidement planté. Récemment, il me parlait de l’Atelier de Montrouge auquel il avait été heureux d’appartenir. De vrais moines, disait Arretche, leur grand maître en architecture, qui aimait rendre visite à ses anciens disciples.

Thurnauer, un poète qui avait les pieds sur terre. Avant de se mettre au travail, il avait passé de longues journées dans la toute première Heure Joyeuse qui se trouvait logée dans un ancien préau d’école, rue Boutebrie. À cette époque, il n’existait guère de bibliothèques ouvertes aux enfants. Elles étaient faites de bric et de broc. C’était donc une grande première que cette architecture hors du commun offerte aux enfants de Clamart. Ceux-ci l’ont aimée et l’aiment toujours. J’entends encore leurs exclamations comme aux premiers jours : « Comme c’est beau et c’est pour nous ! » Moi aussi, je l’aime. Je suis toujours émerveillée. Je sais tout ce que je dois à cette maison ronde si généreuse qui sait ouvrir grand ses bras aux enfants de la cité comme aux visiteurs du monde entier.

Récemment, l’un et l’autre, nous évoquions devant des visiteurs, tout ce que nous devions à notre mécène, Anne Gruner Schlumberger, à son intelligence et à sa générosité. À la confiance qu’elle nous avait manifestée, disait Thurnauer, nous devions répondre par l’excellence de nos actes. Magnifique réponse que celle de l’architecte Thurnauer !

Geneviève Patte